N'avoir rien à dire peut mettre mal à l'aise.

Et pourtant, parfois, c'est la meilleure réponse.


Ça peut mettre mal à l’aise de ne rien avoir à dire.
Et pourtant, c'est juste un moment inconfortable à passer. Un peu comme un trou d'air quand tu prends l'avion.


Quand tu es dans une situation (discussion avec un·e ami·e, repas de famille, réunion pro) et que ton corps ne dit rien, ne fait rien. Il y a souvent un attendu social de répondre de telle façon quand quelqu’un dit quelque chose, d’autant plus si c’est un partage émotionnel. On est habitués à une sorte de chorégraphie émotionnello-verbale collective, qui souvent ne considère pas le silence comme une réponse acceptable.

Et toi, en toi parfois, c’est le silence total, ça ne bouge pas. Eventuellement tu te forces un peu, tu ouvres la bouche et inspires pour te mettre à parler, à poser LA question intelligente, à sortir LA formule CNV adéquate, à souffler quelques mots fort à propos ; puis en fait non. Ton corps te dit « flemme, moi je joue plus à ça ».

Difficile de ne pas agir hein ? D’être juste là. Ne pas paniquer dans les micro-secondes de silence qui s’écoulent. Résister à cette pression. Rester calme, rester soi.

Je me suis observée dans ce genrede micro-moments. Et j’ai fini par comprendre que mes réponses (quasi compulsives) étaient des habitudes relationnelles héritées de mon plus jeune
âge. Une injonction à réagir. L’obligation de « tenir la main » à l’autre ; ne rien dire, c’était le laisser seul. J’ai appris à ne pas avoir confiance en la capacité de l’autre à tenir debout seul, à trouver ses propres réponses.
Avec le temps, j’ai appris à nepas réagir par principe. A écouter, sans intervenir, sans partir au quart de tour. Et tu l’as peut-être remarqué : si tu n’interromps pas la personne, si tu la laisses cheminer, elle finit par arriver à un endroit où elle trouve des conclusions par elle-même.

Parfois il y a des mots qui me viennent, parfois non. Et quand il n’y en a pas, il n’y a rien à faire, rien à forcer. Juste regarder ce qui est en train de se passer. Etre témoin. Me tenir là, dans ma souveraineté, et honorer celle de l’autre.

Petit à petit je m’habitue à cesilence inconfortable à l’intérieur. Dans ma vie on m’a dit (ou fait comprendre +/- subtilement) que c’était pas sympa, que ça ne prenait pas soin de l’autre…mais
ça n’a jamais été une histoire d’être gentille ou méchante, mais plutôt de ma mécanique qui se met en mouvement ou non. C’est assez nouveau pour moi. Ma stratégie d’avant ne fonctionne plus, end of the road !

Et plus le temps passe, plus jesuis convaincue que c’est là une façon de prendre profondément soin. De soi, de l’autre…et du lien.