En avoir rien à foutre n'est pas pathologique.


J’arrive à un gros shift de ma vie.

J’ai débloqué une nouvelle compétence : accepter que parfois, j’en ai rien à foutre.

J’ai été conditionnée à écouter les plaintes, les émotions des autres. J’ai grandi dans un contexte très conflictuel : mes parents s’insultaient, se critiquaient l’un l’autre en passant par moi. Ils débordaient émotionnellement un peu trop souvent, un peu trop fort.
Enfant, je n’avais pas le choix. Je sentais la détresse desadultes ; j’ai appris à écouter pour comprendre, trouver des solutions pour que les adultes aillent mieux. Je ne pouvais pas laisser ça de côté : la petite fille que j’étais avait besoin que ses parents aillent bien, elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour ça. Écouter. Divertir. Briller à l’école et dans toutes les activités extra scolaires. Écouter attentivement papa dire du mal de maman puis repasser au crible ses paroles dans sa tête pour trouver le truc qu’il n’avait peut-être pas compris ou mal interprété; chercher la vérité. Observer le non verbal, les signaux,
faibles, en quête de sens. Anticiper les tempêtes émotionnelles pour garantir la sécurité affective.

C’était un job à temps plein ! Intérieurement, je me suis fait des cheveux blancs. Je crois que je peux compter en mois le temps que j’ai passé à ruminer.

Alors oui, ça m’a fait développer des compétences incroyables. Une écoute à toute épreuve, de l’empathie, une sacrée ouverture d’esprit et une capacité d’adaptation. J’ai toujours été vue comme celle qui écoute, qui tempère, qui apaise. J’ai toujours eu le rôle de la fille sympa, qui allège l’atmosphère du groupe quand il y a des tensions. J’étais reconnue dans mes différents jobs comme un élément fédérateur de l’équipe. J’ai la réputation dans mes relations persos à toujours voir le meilleur chez l’autre, à faire preuve d’une patience infinie.

J’en ai carrément fait une identité. Un métier même ! J’ai suivi des formations sur la gestion de conflits, je me suis formée aux arts relationnels… J’étais Madame Écoute. Je crois que je me suis souvent prise pour un Saint-Bernard (tu sais, le chien secouriste en montagne).


Un bon choc cet hiver (la fin d’une relation amoureuse) a enclenché une phase de chaos. J’avais plein de « non » intérieurs. Peu ou pas d’envie, de créativité, d’énergie, pas vraiment d’élan à aller vers les autres. De l’épuisement, et une sensation de ras-le-bol, que j’ai mis du temps à identifier, à assumer. Et surtout qui m’a fait flipper, en mode « OMG, ce que j’aimais faire je n’aime plus ça, et en plus je n’aime plus les gens !! ».

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En fait, c'était juste un retour à moi, après avoir passé 38 ans à être tournée vers les autres. Et ce que ce choc m’a enseignée (et continue de m’enseigner): rester tranquille avec le fait que parfois, j’en ai rien à foutre.

Que je n’ai pas à tout savoir, tout écouter, à avoir quelque chose à dire sur tout. Que parfois c’est pas mon problème, ou parfois c’est juste pas le bon moment. Et qu’il n’y a rien à forcer.

En avoir rien à foutre n’est pas pathologique.
Avoir le cœur ouvert n’est pas forcément se laisser embarquer et toucher par toutes les histoires et par tout le monde. C’est pas une considération et une sensibilité H24 pour tous.
Du relationnel oui, mais pas à cocooner, apaiser inconditionnellement.

J’ai rien décidé hein, ça se fait tout seul (merci le corps). En réalité, cette capacité à ne pas écouter ce qui ne m’intéresse pas est innée, j’ai juste été conditionnée à ne pas la suivre. Enfant, on me reprochait souvent d’être dans la lune, maintenant que j’y pense, je crois surtout que c’était une façon de m’évader des conversations qui ne m’intéressaient pas. Ado, j’ai découvert le discman (#team80’s!) et les écouteurs pour échapper aux conversations relous (et les adultes me l'ont reproché, m'ont di que c'était pas normal de se renfermer). En fait, c'était hyper sain.

Et maintenant c’est pareil : il y a des événements, récits, conversations qui ne provoquent rien en moi. Et c’est OK.

Il n’y a rien à changer, ce n’est pas un problème, il n'y a pas de blocage. On se maltraite souvent avec « je dois avoir un blocage, il faut que je change ce comportement » ! On part dans des boucles mentales inutiles. On négocie sur des sensations corporelles hyper claires, des signes qui disent « non ». Alors que parfois, le silence est la seule réponse que l'on puisse apporter.


Petit à petit je m’habitue à ce silence inconfortable à l’intérieur. Dans ma vie on m’a dit que c’était pas sympa; mais ça n’a jamais été une histoire d’être gentille ou méchante. Ca parle plutôt de ma mécanique qui se met en mouvement ou non. J'apprivoise ce silence à l’intérieur; quand ça dit un truc c’est que c’est juste, quand ça dit rien, c’est que c’est pas juste d’y aller POUR MOI (d’autres le feront). Mon espace d’accueil est de moins en moins agité, de plus en plus présent.

De la détente, moins de fatigue... J'aime ce nouvel état. Je sens quelque chose de pronfondément juste, pour moi et pour les personnes qui viennent vers moi. Mon écoute devient plus tranquille; j'écoute depuis un espace vraiment ouvert et curieux, quand c'est juste pour moi. Je diffère ou mets fin à une conversation pour laquelle je ne me sens pas disponible.

La suite dans un prochain article ;)